Obtenir un prêt professionnel repose rarement sur un simple échange commercial. La banque analyse un dossier complet, structuré, chiffré et cohérent afin d’évaluer un point central : le risque de non-remboursement. Derrière cette logique, plusieurs critères financiers, économiques et humains entrent en jeu. Comprendre ce que la banque observe permet d’anticiper ses attentes et d’ajuster son projet avant même le rendez-vous.
Les critères financiers analysés en priorité par la banque
Avant toute discussion sur le taux ou les modalités, la banque étudie la capacité réelle de l’entreprise à rembourser. Cette analyse repose sur des indicateurs précis.
La capacité d’autofinancement (CAF)
La CAF mesure les ressources générées par l’activité après exploitation. Elle permet à la banque d’estimer si l’entreprise peut faire face à ses échéances sans dépendre en permanence de financements externes.
Une CAF jugée satisfaisante représente généralement au moins 5 % du chiffre d’affaires. Plus elle est élevée, plus le dossier inspire confiance.
Le taux d’endettement
Le taux d’endettement compare les dettes financières aux capitaux propres. Il permet de visualiser le niveau de dépendance de l’entreprise à l’emprunt.
Les seuils observés sont clairs :
- moins de 30 %: structure financière solide
- entre 30 % et 75 %: risque maîtrisé, garanties souvent demandées
- au-delà de 75 %: dossier jugé fragile
Un endettement trop élevé réduit mécaniquement la capacité d’emprunt.
L’excédent brut d’exploitation (EBE)
L’EBE mesure la rentabilité opérationnelle, indépendamment des choix financiers ou fiscaux. Il permet à la banque d’évaluer si l’activité génère suffisamment de marges pour absorber les charges financières.
Un ratio de couverture des intérêts supérieur à 8 renforce fortement la crédibilité du dossier, tandis qu’un ratio inférieur à 2 alerte sur un risque structurel.
Le besoin en fonds de roulement (BFR)
Le BFR traduit les besoins de trésorerie liés au cycle d’exploitation.
- Un BFR positif indique que l’entreprise doit financer ses décalages de paiement.
- Un BFR négatif montre une exploitation bien équilibrée.
Une mauvaise maîtrise du BFR peut inquiéter la banque, même si l’activité est rentable sur le papier.
Le projet et la cohérence du business plan
Les chiffres ne suffisent pas. La banque cherche à comprendre la logique globale du projet.
La solidité du business plan
Le business plan doit démontrer la viabilité économique du projet, sans surestimation. Il met en évidence :
- le marché visé et la demande réelle
- le modèle économique et les sources de revenus
- la stratégie commerciale et le positionnement
- des prévisions financières réalistes
Les banques croisent ces données avec les historiques disponibles, lorsqu’ils existent, afin de vérifier la cohérence entre discours et chiffres.
Les prévisions financières
Le prévisionnel permet à la banque d’anticiper la trajectoire financière de l’entreprise. Elle observe notamment :
- l’évolution du chiffre d’affaires
- la montée en charge progressive
- la capacité à absorber les remboursements du prêt
Des hypothèses trop optimistes fragilisent immédiatement le dossier.
Les garanties et l’implication du dirigeant
Même avec un bon projet, la banque cherche à sécuriser son risque.
Les garanties demandées
Selon le profil du dossier, la banque peut exiger :
- un nantissement sur des actifs
- une caution personnelle du dirigeant
- une hypothèque sur un bien immobilier
La nature et le niveau de garantie dépendent du montant du prêt, du secteur d’activité et de l’ancienneté de l’entreprise.
L’apport personnel
Un apport personnel, souvent situé entre 25 % et 30 % du financement, montre l’engagement du porteur de projet. Il renforce la crédibilité du dossier et réduit le risque perçu par la banque. Cet apport peut provenir de fonds propres, de prêts d’honneur ou de dispositifs d’accompagnement.
La préparation du rendez-vous bancaire
Le rendez-vous avec la banque ne s’improvise pas. Le dirigeant doit être capable de justifier chaque chiffre et d’expliquer clairement comment le prêt sera remboursé.
La banque apprécie un discours structuré, appuyé sur des données concrètes : CAF, EBE, trésorerie, carnet de commandes, expérience du dirigeant.
Elle teste également la capacité du porteur de projet à anticiper les risques et à présenter des solutions alternatives en cas de scénario moins favorable.
Et en cas de refus ?
Un refus bancaire n’est pas définitif. Il permet souvent d’identifier les points faibles du dossier : apport insuffisant, déséquilibre financier, garanties limitées. Une fois ces éléments corrigés, le projet peut être présenté à nouveau, à un autre établissement ou via des solutions complémentaires comme le financement participatif, les prêts d’honneur ou le crédit-bail.
Comprendre ce que regarde la banque transforme la demande de prêt en véritable exercice de structuration financière, au service de la pérennité de l’entreprise.
