Chaque 1er mai, la Fête du travail s’impose comme un repère social, historique et politique. Derrière ce jour chômé se cache une construction progressive, marquée par des luttes ouvrières, des récupérations idéologiques et des traditions plus anciennes. Comprendre son histoire permet de saisir la portée réelle de cette date.
1. Des origines américaines liées au temps de travail
L’origine contemporaine de la Fête du travail remonte aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Le 1er mai 1886, environ 200 000 travailleurs américains obtiennent la réduction de leur temps de travail à huit heures par jour, une revendication portée depuis plusieurs années par les organisations syndicales.
La date du 1er mai n’est pas choisie au hasard. Elle correspond alors au début de l’année comptable des entreprises, moment clé pour renégocier les conditions de travail.
Cette avancée sociale s’inscrit dans un climat de fortes tensions. À Chicago, des grèves éclatent et dégénèrent en affrontements violents. Plusieurs ouvriers et policiers trouvent la mort lors des événements de Haymarket Square.
Ces faits marquent durablement la mémoire ouvrière internationale et donnent au 1er mai une dimension symbolique forte, associée à la lutte pour les droits sociaux.
2. La revendication européenne de la journée de huit heures
En Europe, l’idée d’une journée annuelle de mobilisation ouvrière se développe rapidement. En France, le premier 1er mai revendicatif a lieu en 1890. Les ouvriers défilent pour réclamer la limitation du temps de travail à huit heures. Ils arborent un triangle rouge, dont chaque côté symbolise le partage équilibré entre travail, loisir et sommeil.
Cette mobilisation inscrit le 1er mai dans le paysage social français comme un jour de revendication collective. Elle dépasse le cadre strictement professionnel pour devenir un moment d’expression politique, souvent accompagné de manifestations, parfois réprimées, comme à Fourmies en 1891.
Au fil des années, le 1er mai devient un point de cristallisation des tensions sociales. Les événements violents du début du XXe siècle poussent l’État à structurer les relations entre travailleurs et pouvoirs publics. En 1906, la création du ministère du Travail marque une étape dans la reconnaissance institutionnelle des revendications ouvrières.
Peu avant le 1er mai 1919, la loi entérine la réduction légale du temps de travail à huit heures par jour. Cette avancée transforme progressivement le 1er mai, qui passe d’une journée de lutte à un symbole des droits acquis par les salariés.
4. La tentative de récupération par le régime de Vichy
Sous l’Occupation, le régime de Vichy cherche à s’approprier le 1er mai. En 1942, la date devient une journée chômée et payée, intégrée à une propagande qui exalte une vision idéalisée du travail et de la concorde sociale. Le discours officiel détourne le sens revendicatif de la journée et insiste sur sa coïncidence avec la Saint-Philippe, en référence au prénom du maréchal Pétain.
Cette récupération politique modifie temporairement la portée symbolique du 1er mai, sans réussir à effacer son ancrage ouvrier et syndical.
5. Un jour férié et chômé depuis l’après-guerre
Après la Libération, le 1er mai retrouve son sens originel. En 1946, son caractère chômé est officiellement reconnu. Il cesse d’être une journée de grève pour redevenir une journée dédiée aux travailleurs. En 1948, la date acquiert définitivement le statut de jour férié et chômé en France.
Cette reconnaissance institutionnelle inscrit la Fête du travail dans le droit du travail et dans la mémoire collective. Elle consacre un héritage issu de luttes sociales, tout en cohabitant avec des traditions plus anciennes, comme l’offrande du muguet, symbole de renouveau et de porte-bonheur.
